La page 404 ne sert à rien

Le Dinosaur Game est lancé 270 millions de fois chaque mois.

Et alors ?

Deux hypothèses :

  1. beaucoup de gens ont des problèmes de réseau sur Terre ?

  2. ce jeu est génialissime ?

Impossible que ce soit un problème de réseau, la 5G est illimitée en France et sans engagement pour la modique somme d’un menu Maxi Best Of.

Ensuite, le jeu ne casse pas trois pattes à un canard.

Je vois plutôt une troisième option :

3. ce jeu n’existe pas.

Enfin, je ne suis pas en train de dire qu’il est le fruit de notre imagination mais qu’il ne DEVRAIT pas exister.

Il s’agit d’une page d’erreur. Cette page est censée nous rendre triste.

Nous ne sommes pas censé prendre du plaisir en apprenant une nouvelle pareille.

Mais force est de constater qu’on n’a pas tellement le choix que de jouer.

Sans aller jusqu’à dire que le méchant Google contrôle nos émotions.

En fait, cette page est parfaite parce qu’elle est utile.

Rendre une expérience utile n’est pas difficile. Une app de musique affiche la musique en cours de lecture, un site d’e-commerce affiche l’état de la commande, les réseaux sociaux permettent de rentrer en contact, une montre sportive calcule des données sur la course, etc. C’est utile.

Pour être utile, le produit apporte une solution à un problème, identifié au préalable. Le tour est joué. L’expérience est considérée comme bonne.

En l’occurrence ça va plus loin.

On ne parle plus d’une bonne expérience mais T.R.E.S B.O.N.N.E expérience. Des millions de madames et messieurs prennent du plaisir à jouer.

C’est quoi le truc ?

Un point important dans la réflexion du designer UX est de lier une émotion à l'expérience d'utilisation du produit.

Par exemple, sur un site d’e-commerce on ne doit pas pouvoir ajouter dans notre panier un produit qui n’est plus disponible en stock. Auquel cas on créerait de la frustration.

En revanche, on doit pouvoir être rassuré.

Et, même si l’expérience est de par sa nature négative, par exemple une page 404, il y a toujours une opportunité d’en faire une très bonne expérience.

Renny Gleeson explique dans une conférence TED 404, The story of a page not found que la page 404 est utile, tout le monde doit en avoir une. Mais le sentiment associé n’est pas très positif, c’est énervant. Donc tout le monde crée une page qui énervera l’utilisateur.

Pourquoi diable fait-on des choses pour volontairement agacer l’utilisateur ???

Cette page est une opportunité de créer quelque chose, divertir, partager un conseil, j’en passe et des meilleurs.

La question est : qu’est-ce que l’utilisateur fait sur cette page ? Qu’est-ce qu’il cherchait ? Qu’est-ce qu’il n’a pas trouvé ? Qu’est-ce qui pourrait l’aider dans sa quête ? Qu’est-ce qui pourrait l’occuper, le divertir, le faire sourire ?

C’est l’occasion de rappeler ce pourquoi l’utilisateur utilise ce produit et pas celui du concurrent.

Bien sûr cela ne constitue pas une priorité dans un planning que j’imagine chargé.

Mais il me semble que pour obtenir des résultats différents, il faut nécessairement faire des choses différentes.

Ce principe est réplicable pour n’importe quelle expérience.

L’idée est d’outrepasser les barrières virtuelles qu’on s’impose sans raison aucune lors de la conception.

Pour apporter un élément différenciant qui compte tenu du contexte, de la cible, du moment, pourra faire une petite différence.